Imagine, What’s Going On, Sticky Fingers, Tapestry, Who’s Next, Shaft… Flashback sur l’exceptionnel cru discographique de l’année 1971 revu par la rédaction d’iiconi.

 

À l’égal du passage au noir et blanc à la couleur, la scène musicale des années 1960 avait traversé une explosion créative digne de la Renaissance. Une telle épiphanie pop n’avait cependant d’autre choix que de laisser place à une redescente brutale : il y eut d’abord en décembre 1969 la tragédie du concert gratuit du groupe The Rolling Stones à Altamont, marqué par l’assassinat d’un membre du public par les Hell’s Angels. Pendant ce temps, Bob Dylan se laissait pousser la barbe dans sa retraite de Woodstock, les Doors attendaient l’issue incertaine du procès pour exhibitionnisme de Jim Morrison et les Beach Boys avaient raccroché leurs planches de surf depuis longtemps. Au lendemain de la séparation officielle des Beatles en avril 1970 et de la disparition de Jimi Hendrix en septembre, 1971 s’annonçait déjà comme une annus horribilis dans un monde fracturé par les conflits socio-politiques et la violence globalisée, des rizières du Vietnam à la prison d’Attica.

 

Ce tumulte planétaire allait pourtant être illustré par une des plus formidables bandes-son de l’histoire de la musique populaire, tous genres musicaux confondus. En 1971, les acteurs principaux des glorieuses sixties renouent d’abord avec leur muse : affranchis de l’étiquette Fab Four, John Lennon est sanctifié avec le céleste Imagine, tandis que George Harrison atteint les cimes Spectoriennes dans le double-album All Things Must Pass et que Paul McCartney accomplit un nouveau miracle orchestral avec Ram. Les Rolling Stones s’offrent un coup de braguette magique avec le magistral succès Sticky Fingers et les Who délivrent un nouveau tour de force avec le totémique Who’s Next, élaboré dans le cerveau (et le home-studio) de Pete Townshend. Côté Pacifique, les Beach Boys de Brian Wilson s’embarquent dans le crépusculaire Surf’s Up, alors que les Doors opèrent un salvateur retour aux sources du blues avec L.A. Woman. Toujours à Los Angeles, le supergroupe “local“ CSNY — David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash & Neil Young — conjugue ses miraculeuses harmonies vocales pour élaborer la chanson Déjà Vu, un best-seller dont les ventes colossales anticipent l’émergence d’une nouvelle lignée d’orfèvres de l’écriture et de la composition : les singers-songwriters.

 

Restées dans l’ombre du Brill Building et du circuit folk, Joni Mitchell et Carole King entrent dans la lumière grâce à plusieurs succès. La première offre son manifeste Blue, la seconde l’intemporel album Tapestry, dont les plages intimistes (parmi lesquelles “You’ve Got a Friend“ et “(You Make Me Feel Like) a Natural Woman“) deviendront des mètres-étalon du genre. Leurs délicats enregistrements acoustiques, leurs chansons au ton confessionnel et leurs déclarations d’indépendance entrainent dans leur sillage une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs, à commencer par James Taylor, Jackson Browne, Randy Newman et Laura Nyro. Mais les textes introspectifs ne sont pas l’apanage des hérauts pop-rock. Au cours de cette période faste, la soul music intègre une nouvelle dimension grâce à Marvin Gaye et l’insurpassable What’s Going On, paru en mai 1971. Chef-d’œuvre de soul sophistiquée abordant des thèmes sociaux, spirituels et écologiques, What’s Going On ouvre la voie à une série d’albums déterminants pour la communauté noire signés Stevie Wonder (Music of My Mind), Curtis Mayfield (Roots), Sly and the Family Stone (le fascinant There’s a Riot Goin’ On) et Gil Scott-Heron, dont le proto-rap infuse les sillons du radical “The Revolution Will Not Be Televised“, extrait phare du superbe Pieces of a Man. À cette liste mirifique vient s’ajouter la mythique bande originale du thriller Shaft, entièrement conçue par Isaac Hayes, surnommé le “Moïse noir“, qui triomphera l’année suivante aux Oscars.

 

Et si les années 1970 n’étaient que le prolongement logique des années 1960 ? A l’instar d’Isaac Hayes, songwriter émérite de l’écurie Stax et d’un Serge Gainsbourg atteignant son zénith conceptuel avec la sortie de son album Histoire de Melody Nelson, de nombreux talents ayant éclos lors de la décennie précédente voient enfin leur heure arriver : après avoir tenté une première approche psyché-folk, Marc Bolan, le leader de T. Rex, s’impose grâce à Electric Warrior et inaugure le mouvement glam-rock. Get it On ! À Detroit, Vincent Furnier se réinvente en Alice Cooper et terrorise le Billboard avec le doublé Love it To Death/Killer. Les débuts discrets d’Elton John virent au phénomène avec l’entrée dans le Top 10 américain de “Your Song“, et Led Zeppelin, le quatuor mastodonte de l’ancien sessionman Jimmy Page, emprunte l’escalier vers le paradis avec son légendaire quatrième album. Enfin, David Bowie, un autre vétéran de la scène underground londonienne, s’imprègne des ondes martiennes et signe son premier LP incontournable avec Hunky Dory. “Nous avons inventé le 21ème siècle en 1971“, prophétisera Bowie, qui, en novembre, donne naissance au personnage fictif de Ziggy Stardust. 

 

Cinquante ans plus tard, les alter-ego d’artistes protéiformes continuent de pulvériser les statistiques des plateformes musicales digitales, de Lady Gaga à Daft Punk. Les expérimentations en home-studio de Pete Townshend sont toujours relayées par une nouvelle génération de producteurs autonomes et les revendications des grandes voix soul ont laissé place aux messagers urbains du hip-hop. 2021 fait ainsi écho à 1971 et l’exceptionnel cru discographique d’une année dorée. 

 

1971, une année fantastique :

 

Retrouvez ci-dessous la liste de l’ensemble des albums sélectionnés par iiconi qui ont marqué cette année de musique en tout genre avec des albums pop, rock, jazz, blues, soul, folk

 

John Lennon – Imagine  – 9 septembre 1971

George Harrison – All Things Must Pass  – 27 novembre 1970

Paul McCartney – Ram  – 17 mai 1971

Rolling Stones – Sticky Fingers  – 23 avril 1971

The Who – Who’s Next  – 14 août 1971

The Beach Boys – Surf’s Up  – 30 août 1971

The Doors – L.A. Woman  – 19 avril 1971

Joni Mitchell – Blue  – 22 juin 1971

Carole King – Tapestry  – 10 février 1971

Marvin Gaye – What’s Going On  – 21 mai 1971

Serge Gainsbourg – Histoire de Melody Nelson  – 24 mars 1971

T.Rex – Electric Warrior  – 24 septembre 1971

Alice Cooper – Love it To Death  – 9 mars 1971

Alice Cooper – Killer  – 27 novembre 1971

LED ZEPPELIN – IV  – 8 novembre 1971

David Bowie – Hunky Dory  – 17 décembre 1971

 

Retrouvez l’album Histoire de Melody Nelson de Serge Gainsbourg parmi les albums connectés iiconi les plus importants de la scène musicale, Vous pouvez retrouver ici également l’ensemble des albums cultes en France et à l’étranger présents dans la collection iiconi